L’Exode 1940, banlieue de Paris

Autour d’une photo

Exode

Andrée TICHADOU, née MOULIN : On a quitté Courbevoie (Seine), et, on s’est retrouvé. C’est là où les usines ont brulé, on était sur une grande route aux alentours d’Etampes.

Danièle RENOUF : C’est à cet endroit que les hommes en vélo vous ont rejoint !

Andrée : Non, c’est la première halte que nous avons fait en sortant de Paris où il y avait la possibilité de se garer, de se retrouver… Je ne sais pas où mon Oncle Charles (Charles RENOUF) avait trouvé ça !  C’était au premier étage, on est rentré dans une maison, on est monté au premier étage, il n’y avait personne, c’était vide (tout le monde était parti). Je vois une grande pièce, une pièce immense, mais tout n’était pas habité… C’était une grande pièce vide, mais pas un hangar. On est monté au premier étage, et l’on voyait Paris au loin, c’était tout noir de fumée…. On est resté là, la nuit….

Danièle RENOUF : avez-vous dormi dans la maison ?

Andrée : oh non, on n’a pas dormi. Ils (Pierre et Raymond) sont arrivés avec leurs vélos, et ils étaient tout noirs, ça correspondait aux usines qui brulaient. Ce sont les français qui les brûlaient, c’est plutôt ça, certains voulaient arrêter l’avance des allemands. Après le temps que l’on a été là, je ne sais rien…

La grange ce n’est pas là… la grange, c’est après…

Danièle RENOUF : Qui est sur la photo, et, qui manque ?

De gauche à droite : Eugénie PLY épouse RENOUF, Etienne PLY (l’enfant), Louise VALENTIN épouse PLY, Charles RENOUF (se rase), Raymond PLY, Pierre RENOUF, Andrée MOULIN, Susanne PLY épouse MOULIN.
Les 2 véhicules : la camionnette FORD de Marcel PLY et la traction CITROEN de Charles RENOUF

Andrée : Il manque mon frère Jacques (MOULIN), je ne sais pas où il est, il est ailleurs. Jeanine (RENOUF) est là mais pas sur la photo. Marcel (PLY) qui prend la photo. Gaston (MOULIN), mon père qui a fait partir le dernier train de la gare de l’Est et qui arrive en vélo. Il manque Maurice et Simone (PLY) évacués avec les écoles de Courbevoie.

Tout le monde sourit. On est content de se retrouver. On n’avait pas revu tout le monde. Là, c’est après, quand tout le monde est arrivé.

Danièle RENOUF : Vous avez mis 3 jours et 2 nuits pour arriver à Chabris et vous n’êtes pas restés longtemps, je crois.

Andrée : Si, 8 jours, le temps que les allemands arrivent, quand même.

Oh, la tête des allemands, quand on était à Chabris, quand on était dans la grande maison, la tête quand ils ont découvert la voiture (traction Citroën) de ton grand-père dans le garage. Ils n’ont rien compris. Je me rappelle les boches, ils étaient dans le grand pré de la maison, et faisaient des grands gestes, ils avaient vu la voiture dans le garage et ne nous avaient pas vu arriver. Ils ne savaient pas comment cela se faisait que l’on était là. Ma Tante (Eugénie) et Maman (Susanne) nous ont caché, Jeanine et moi dans les toilettes.

Danièle RENOUF : Alors, vous êtes remontés !

Andrée : Oui, quelques jours après…. on est remonté jusqu’en haut (Courbevoie). En une seule fois, en se demandant si on allait avoir assez d’essence pour aller jusqu’au bout. Là, c’était la question. Mon Oncle Charles nous avait dit : »si on n’a pas d’essence, tu pousses… on va essayer et quand on va être en bas du Pont de Neuilly, le long de Puteaux, avant de remonter…si on peut pas remonter La Défense, il faudra m’aider à pousser.

Eh bien, on a été jusqu’au bout… on est passé par l’avenue Marceau, et quand on est arrivé, il y avait quelqu’un dans la boutique (boulangerie de Charles et Eugénie RENOUF). Alors là, ça a fait un drôle de truc…. Il y avait quelqu’un assis sur la banquette (derrière la caisse). Il y avait une femme, et le Père DESCHAMPS (ouvrier boulanger, alcoolique, qui donnait un coup demain, et dont Charles avait pitié).

Danièle RENOUF : Le Père DESCHAMPS était resté ! C’était une amie à lui ?

Andrée : Oui, c’était plus ou moins sa compagne. Lui est resté pour garder la boulangerie, il n’est pas parti.

Interview d’Andrée TICHADOU, née MOULIN (2005)